Chapitre premier : Bienvenue à Tokyo !

L'air était frais, bien que clément. La journée s'annonçait belle. J'étais absolument stressée. Et si jamais je m'étais trompée ? Et si l'on me refusait ? Je chassai ces mauvaises pensées de mon esprit, et relevai la tête.
Le lycée d'Eitoku me faisait face. Les immenses bâtiments de briques rouges m'impressionnaient. On klaxonna derrière moi. J'eus un sursaut, et m'écartai de la route pour laisser passer une magnifique limousine blanche. J'ouvris de grands yeux : quelle merveilleuse voiture ! Cependant, je ne devais pas trop m'attarder sur cela, car il fallait que je m'y fasse. Dans ce lycée, je savais qu'il n'y avait que des étudiants de la haute société, et même certains héritiers de grandes entreprises japonaises.

J'étais venue faire ma dernière année de lycée ici pour améliorer mon japonais. En effet, cinq ans auparavant, j'avais découvert les mangas et les animes. Et à partir de ce moment-là, j'avais eu envie de parler un japonais parfait, courant même. Mes parents avaient été tout de même réticents au début, déjà, à cause de la distance, et deuxièmement pour le coût. J'avais été très triste durant ma première semaine au Japon, dans une famille très charmante, qui était assez aisée. Pour me faire à la langue commune, je parlais le plus possible avec les membres de ma famille. Les Yako étaient un couple charmant qui m'aidait beaucoup dans mon apprentissage. N'ayant aucun enfant, ils me considéraient donc comme leur propre fille.
Ce que je redoutais était de ne pas réussir à me faire d'amis, bien que je fusse sociable. En France, j'avais de nombreux copains et de très précieux amis. J'étais souvent très ouverte, mais je savais toujours faire la part des choses avec mes connaissances. J'étais toujours moi-même, rien de plus. Mais cela n'avait pas toujours été facile à vivre. Je m'étais fait quelques ennemis, et pour dresser certaines personnes contre moi, j'avais montré ma vraie personnalité - comme toujours - et avais su les remettre en place. Ma mère me disait que c'était l'une de mes qualités, d'être moi-même et de m'aimer ; ainsi, je ne me laissais pas abattre.
J'espérais tout de même dans ce lycée de riches qu'il n'y aurait pas trop d'égoïstes, et que je trouverais quelques personnes sympathiques à qui parler.

Je poussai la porte d'entrée du lycée et restai bouche-bée. Toutes les personnes qui circulaient dans le hall d'entrée portaient des vêtements luxueux. Des jeunes filles de mon âge n'hésitaient pas à arborer leur sac Chanel ou Dior (oh ! des marques françaises !) et un groupe de garçons remettaient fièrement leur sacoche de cuir noir sur l'épaule. Cependant, je ne restai pas plantée là, et allai au bureau du directeur pour signaler mon arrivée, et lui remettre deux ou trois papiers. Les quelques phrases que je lui dis en japonais furent à peu près compréhensibles, bien que mon accent français prenne le dessus.
Je sortis du bureau en soufflant, et me dirigeai vers l'office de la vie scolaire pour me réserver un casier. Après en avoir choisi un, j'allai poser mon bento dedans. Megumi Yako (ma "mère" d'accueil) m'avait préparé un repas pour le déjeuner. En effet, mes parents avaient refusé de payer mes repas à Eitoku, qui étaient hors de prix, et avaient préféré que ma famille d'accueil me prépare mes repas (avec ma collaboration, bien entendu, avait insisté ma mère).
Nous étions le premier Septembre, ce qui signifiait que c'était le premier jour de classe. Megumi m'avait dit que l'on appelait tous les élèves dans le hall pour qu'ils soient ensuite répartis dans leur classe. Elle avait également étudié à Eitoku, et était à présent directrice d'une entreprise de vêtements, très cotée à Tokyo.

J'allai donc dans le hall d'entrée, où tout le monde s'était rassemblé. Je me sentais un peu à part, car je n'avais pas les traits japonais (évidemment !), mais surtout parce que j'étais noire de peau. Effectivement, j'avais été adoptée en Inde alors que j'étais encore qu'un bébé.
J'aplatis davantage ma mèche noire sur mon front pour masquer mes yeux, et me contentai de regarder autour de moi. Pour l'instant, je ne voyais aucune fille sans un sac de luxe, sauf lorsqu'une jeune japonaise s'assit à côté de moi. Aussitôt, elle vit que j'étais nouvelle, et me sourit immédiatement. J'engageai donc la conversation :
- Bonjour, je m'appelle Marion, et toi ?
- Oh ! moi c'est Tsukushi Makino ! Tu es étrangère, non ?
- Oui, je suis française, je viens étudier ici pour renforcer mon japonais.
- Ah ! très bien ! Et tu es en quelle classe, cette année ?
- En dernière année, lui répondis-je en souriant.
- Vraiment ? moi aussi ! dit-elle en souriant également, nous serons dans la même classe ! Enfin, j'espère ! Cela dépend de tes options !
- Ah oui, fis-je en réfléchissant, hum, moi j'ai choisi l'anglais renforcé et...
- Pareil ! nous serons dans la même classe, alors !
Elle m'adressa encore un sourire ; elle avait vraiment l'air d'être contente d'apprendre que nous serions dans la même classe. Je la trouvais très jolie. Son nez pointu, ses yeux rieurs et son sourire chaleureux lui donnaient un charme fou. Mais au moment où j'allais lui demander si elle avait des amis au lycée, un cri retentit sur ma gauche. Je me retournai, voulant savoir ce qu'il se passait.
C'était une jeune fille qui criait, bientôt accompagnée par des dizaines de gens. Je ne compris pas pourquoi, mais lorsque Tsukushi me fit un signe de tête, je réalisai alors la raison d'une telle euphorie.

Un groupe de quatre garçons venaient d'entrer dans le hall, tous richement vêtus - et ne portant pas l'uniforme de l'école. Et je devais l'avouer, ils étaient tous beaux. Ils s'avancèrent, la foule se fendant sur leur passage, et à mon grand étonnement (avec une légère pointe de peur), ils s'avançaient directement vers Tsukushi et moi. J'en restai stupéfaite, incapable de dire quoi que ce soit. L'un deux, qui semblait le chef de la bande s'approcha davantage.
- Bonjour, Tsukushi ! alors, comment tu vas ?
- Oh, Tsukasa, oui, je vais bien... et toi ?
- Bien, comme toujours. Au fait, hum, qui est-ce ? demanda-t-il soudain en me montrant d'un signe de menton.
Mon c½ur se mit à battre plus fort ; ce garçon m'impressionnait ainsi que ses acolytes. Ils devaient sûrement être très populaires dans ce lycée, et je trouvais un peu étonnant que Tsukushi les côtoie, alors qu'elle semblait très simple, comparable à moi-même. Son interlocuteur avait les cheveux bruns bouclés, et ses yeux bridés dégageaient quelque chose de chaleureux. Son visage était beau, il n'y avait rien à dire là-dessus. Tsukushi se hâta de ma présenter, passant son bras autour de mes épaules.
- C'est une nouvelle, Marion... Marion comment ? s'interrompit-elle en se tournant vers moi.
- Hm, Marion Poquelin. Je suis française, achevai-je en levant timidement les yeux vers le jeune homme.
Aussitôt, un autre garçon du groupe me regarda droit dans les yeux dès que j'eus fini ma phrase. Je le regardai alors, étonnée de voir l'intérêt que je lui avait manifesté. Celui-là était roux, avec une coupe typiquement japonaise, où sa mèche de cheveux lui venait dans les yeux. Son regard était d'ailleurs mystérieux, mais il m'intriguait. Sa beauté fulgurante m'avait laissée en plan. Nous nous regardâmes brièvement, mais suffisamment pour que mon c½ur s'emballe de nouveau.
- Donc, euh... voilà, reprit ma nouvelle copine en brisant le silence, donc c'est... Tsukasa Dômyôji, ajouta-t-elle en me désignant le garçon à qui je venais de parler, et voici Akira Mimasaka...
Elle me montra un autre membre de la bande, au visage charmeur, puis me présenta son voisin, Sôjirô Nishikado, qui me parut sympathique, et enfin...
- Et voilà Rui Hanazawa, conclut-elle, me laissant sans voix.
Je regardai de nouveau le jeune homme roux. Rui Hanazawa. Celui-ci esquissa un sourire en me jetant un regard poli. Encore un peu surprise, je ne réussis qu'à hocher la tête, en le lui rendant timidement.
- Bon, et bien à ce soir, Tsukushi, nous, on va à la FAC, fit Tsukasa à ma copine. Où est-ce qu'on se retrouve ?
- Chez toi, comme d'habitude, à seize heures, répondit-elle, en souriant au jeune homme.
- Très bien, à plus tard alors, dit-il avant de poser une bise sur sa joue.
Aussitôt, tous les élèves qui nous regardaient se mirent à siffler. Quant à moi, je restai stupéfaite et lorsque le groupe des quatre garçons partit, je demandai immédiatement à Tsukushi qui ils étaient.
- Ce sont les quatre élèves les plus riches de l'école. On les nomme les F4...
- F4 ? demandai-je, intéressée.
- Flower Four, c'est le nom de leur groupe...
- Ah, et...
- Attends, allons plus loin, m'intima-t-elle en m'emmenant dans un couloir vide.
- Oui ? voulus-je savoir.
- Avant, ils semaient la terreur à Eitoku, à cause de leur fameux carton rouge, qu'ils remettaient quand une personne les offensait...
- Quoi ? m'exclamai-je, mais c'est complètement...
- Oui, je pensais comme toi, l'année dernière. Mais depuis, ils ne le font plus.
- Depuis quand ?
- Oh, ça ! rit-elle, depuis que je me suis opposée à eux...
- Oh ! vraiment ! Quel courage ! Je suppose que tout l'école était contre toi, non ?
- Ah, oui ! Mais ne t'en fais pas, ils ne font plus cela, surtout qu'à présent, ils n'étudient plus dans ce bâtiment, mais à l'université d'Eitoku.
- Ah bon ? où est-ce que c'est ?
- A quelques rues d'ici...
Je souris à Tsukushi. Même si j'avais un bon nombre d'informations, je voulais en savoir davantage.
- Et... pourquoi viennent-ils encore ici ? la questionnai-je.
- Ah... parce qu'ils sont toujours une légende, ici, si tu vois ce que je veux dire. Et aussi parce qu'ils ont instauré ici le "F4 lounge", leur propre salon privé...
- Oh, je vois. Excuse-moi, mais...
- Oui ? fit-elle en me souriant de nouveau.
- Comment les connais-tu si bien ?

Ma copine prit une grande inspiration. Tsukushi connaissait les membres du F4 suite à sa rébellion de l'année précédente, face à leurs méthodes qui lui déplaisaient fortement. Puis, l'amour et l'amitié s'en étaient mêlés. Elle m'expliqua qu'elle était d'abord tombée amoureuse de Rui Hanazawa, mais qu'elle avait finalement craqué pour la gentillesse de Tsukasa Dômyôji, masquée derrière une violence inexplicable. Quant à Akira et Sôjirô, ils étaient devenus de bons amis à elle. Pendant les vacances d'été, son petit ami était parti à New York, et elle en avait été très attristée, mais il était revenu à Tokyo à la fin du mois d'Août pour profiter de son temps avec Tsukushi. Puis elle raconta que Rui - qu'elle avait aimé quelques mois - n'était plus amoureux d'une jeune japonaise qu'il connaissait depuis son enfance, et qu'il avait considéré alors Tsukushi comme une très bonne amie, suite à son refus d'être sa petite amie.
- Alors, il ne s'est rien passé entre toi et rui ? fis-je, curieuse.
- Non, pas vraiment, me répondit ma copine, sauf que lorsque je l'aimais, lui était un peu troublé aussi. Mais, depuis que je suis avec Tsukasa, nous sommes devenus des amis très proches...
- Oh, d'accord. Et, euh...
La cloche annonçant le début des cours m'interrompit à mon grand regret. Je dis à ma copine que nous poursuivrions notre conversation plus tard, et nous nous rendîmes en cours.
J'eus beaucoup de mal à suivre, car les professeurs parlaient un japonais trop rapide pour moi, contrairement à Tsukushi, qui s'était appliquée pour que je la comprenne bien. Je ne saisis qu'un seule chose durant le premier cours : mon emploi du temps, que je préférais écrire en français sur mon agenda.

# Posted on Saturday, 31 October 2009 at 7:25 AM

Edited on Sunday, 08 November 2009 at 6:13 AM